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Le principe de précaution

Il faut adhérer sans réserve au principe de précaution, s'il s'agit, avant de donner une autorisation pour une nouvelle technologie, de réfléchir à ses conséquences possibles et d'associer à cette réflexion non seulement des experts mais des consommateurs et des citoyens.

N'en faisons pas un principe inhibiteur, un alibi d'immobilisme, une justification de la peur d'avancer. Si Louis Pasteur n'avait pas eu le courage d'essayer son vaccin antirabique ou s'il avait suivi littéralement le principe de précaution, compte tenu des moyens de l'époque, où en serait la médecine aujourd'hui ? Il y a une cinquantaine d'années, si on avait focalisé sur la nuisance et la solubilité par voie cutanée des organochlorés dans les graisses, sur leurs métabolites, sur les incertitudes, qu'aurait-on fait au lieu d'épandre des milliers de tonnes de DDT pour lutter contre le paludisme (malaria) ? On a néanmoins sauvé des millions de vies humaines. Pourtant, des souches de moustiques sont devenues résistantes. Mais entre temps, le génie de l'Homme a découvert de nouvelles molécules, plus efficaces, plus naturelles, moins toxiques, mieux ciblées, qui deviendront inefficaces à leur tour. Parallèlement, les populations se sont soignées à la quinine, puis au fur et à mesure que les résistances se sont développées, à la Nivaquine‚, puis à la Flavoquine‚, puis au Lariam‚... Malgré toutes ces contreparties, cela s'appelle un progrès.

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A vouloir tout préserver, figer, on refuse de s'adapter aux variables liées à la présence humaine et à son évolution. Si, au nom de ce comportement, notre environnement n'est plus qu'un conservatoire, un jardin botanique, l'Homme devient un gardien de musée ; un gardien de musée est un gardien du passé ; c'est aussi un gardien de cimetière. Ceci n'est pas la finalité de l'Homme puisqu'il est doté, de par sa nature biologique, d'un tropisme positif envers la vie.
Par son intelligence, l'Homme est au sommet de la pyramide du vivant. Mais, même au nom du respect obligatoire à l'égard du vivant, l'Homme n'a pas pour mission de vivre comme un légume ou comme un animal. Sa mission est de réaliser son développement matériel, social, moral et spirituel, ce qui passe par la maîtrise mais aussi le respect de la nature. Maîtriser implique de gérer les ressources avec intelligence, avec conscience, avec vigilance. Le courage d'agir est une condition du progrès. Or, nous n'avons jamais eu autant de moyens pour anticiper et évaluer un danger potentiel. Ne nous trompons donc pas d'objectif en cultivant le principe de précaution surtout quand le poids du développement débridé de notre espèce est ce qu'il est.

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Les innovations technologiques qui ont fait progresser l'humanité ont toujours entraîné des réactions vives : les trains, l'électricité, les conservateurs et l'ionisation, les lasers, les greffes cardiaques... Mais aussi le maïs hybride dans les années cinquante qui a provoqué des refus en matière de nutrition des canards... (Le "foie gras" ne reste-t-il pas, néanmoins l'expression d'un disfonctionnement hépathique)...
Si nous n'acceptons pas leur avis, à quoi servent les diverses commissions, les diagnostics des cent à cent trente experts européens de toutes disciplines et de quinze pays différents qui ont donné leur approbation ou refusé la mise sur le marché d'une plante génétiquement améliorée ? Seraient-ils tous incompétents, individuellement autant que collégialement ? Il faut impérativement prendre du recul sur les événements !

A partir du moment où les méthodes de vigilance sont en place, où les engagements sont contrôlables et maîtrisés, les experts reconnus et respectés, les lois et l'éthique respectées, le citoyen informé et libre, c'est-à-dire, à partir du moment où les jalons et les limites de l'action sont définis, pourquoi s'opposer aux organismes génétiquement modifiés ?